ÉDITORIAL
La vie en abondance
La fête de tous les saints est une très belle expression de l’immensité de l’amour de Dieu. Nous recevons de Dieu d’être des saints. La sainteté ce n’est pas la perfection morale, c’est un don de Dieu. Seule la grâce apporte la vie. C’est justement parce que Dieu seul est saint et que la sainteté est ce qu’il offre lorsqu’il s’offre. La sainteté n’est pas la perfection. C’est même plutôt le contraire. Les parfaits n’attendent pas grand-chose des autres. C’est ainsi que nous pouvons comprendre les invectives de Jésus contre les pharisiens, et pourquoi déclare-t-il que les pécheurs sont les premiers dans le Royaume. Non que leur péché soit un laissez-passer, mais que pécheurs à ce point, c’est sûr qu’ils ne peuvent que compter sur Dieu et les autres pour aller à la vie, la vie en abondance.
Les Béatitudes nous sont alors données comme un chemin pour nous laisser transformer et accueillir la vie, la sainteté de Dieu. Chacune des Béatitudes est le contraire de ce que nous sommes tentés de vivre dans notre monde. Vivre comme des pauvres alors que nous voudrions toujours plus. Accepter de pleurer alors que nous ne voudrions aucune embuche sur notre route et que nous cherchons toujours à accuser l’autre d’être responsable de nos malheurs. Désirer la justice alors que nous nous centrons tellement sur nous-mêmes que nous déclarons être juste ce qui sert notre intérêt personnel (c’est bien parce que ça me plait). Etre miséricordieux alors que nous ne savons plus demander ou offrir le pardon et que la moindre blessure devient la cause de tant de séparations ou de mésententes. Promouvoir la paix alors que nous ne mesurons jamais vraiment assez les conséquences de nos actes ou de nos paroles, voire de nos pensées. Donner sa vie pour la justice au service du bien commun alors que nous préférons servir notre propre intérêt… Tout ce que Jésus propose s’inscrit dans une logique inverse de ce que la société aujourd’hui propose.
Les Béatitudes nous aide à ouvrir notre coeur à Dieu. Jésus nous invite à la pauvreté du coeur pour tout recevoir de lui, il nous invite à la douceur pour ne rien garder de violence, de colère, de rancoeur ou de nostalgie en nous, il nous invite à la miséricorde pour ne jamais cesser de vivre de son amour, il nous invite à la pureté du coeur pour laisser notre coeur se remplir de son amour, il nous invite à la paix en ne gardant rien pour nous qui nous empêcherait d’accueillir l’autre. Les Béatitudes nous invitent à nous présenter les mains vides et le coeur libéré pour pouvoir accueillir la vie de Dieu.
Oui, Dieu seul rend saint parce que Dieu seul est saint. La sainteté n’est pas ce que je fais de bien. Je demeure un pécheur, même sanctifié par la foi. La sainteté est ce que Dieu fait en moi par sa grâce, la sainteté est la vie que je tâche d’accueillir, en ouvrant mon coeur, en me laissant convertir à la bonté, au service de la vie des frères. Ce n’est plus moi qui vis, écrit saint Paul, c’est le Christ qui vit en moi. La sainteté, ce n’est rien autre en effet que la vie, la vie en abondance. La sainteté, c’est la vie même de Dieu. La sainteté, c’est Dieu lui-même. Dieu emplit l’univers, il est la vie, source de la vie, profusion de vie, créateur.
Fêter la Toussaint, c’est assurément confesser le Dieu de miséricorde capable de transformer nos petitesses, étroitesses et nos fautes en largeur, largeur de sa vie à lui. Fêter la Toussaint, c’est confesser la miséricorde de Dieu qui fait de chacun de nous un être capable de la vie, la vie en abondance, celle de Dieu même.
Abbé Sébastien Courault
Curé




